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IL SE PEUT que le lecteur familier avec Savitri dans sa version originale en anglais soit dérouté par la forme en prose que j'ai adoptée, abandonnant la forme en vers. Ce choix n'a pas été fait à la légère ; bien au contraire, il s'est imposé comme inévitable à un certain moment dans le cours d'une longue évolution.

Les premiers fragments de cette traduction remontent aux environs de 1975, motivés par une raison tout à fait terre à terre : bien qu'intuitivement fasciné par cette œuvre imposante, ma connaissance rudimentaire de l'anglais, à l'époque, ne me permettait pas de pénétrer le texte à simple lecture. Les premières ébauches adoptaient par défaut la forme en vers, ou plus exactement pseudo-vers — car il me semble qu'au cours du processus de traduction, la nature même du vers, son rythme, sa résonance, se trouvent irrémédiablement perdus.

Les années passèrent et les fragments s’étaient rejoints pour faire un tout. Il m'apparut alors que le fait de rester attaché à ce qui n'était plus que des lignes tronquées, arrangées selon un ordre rigide et non permutable — sorte de géométrie d'imprimeur que l'on ne peut plus appeler vers — non seulement était inutile, mais pire, devenait une entrave dans ma quête de traduire le texte de façon fluide et naturelle. Une traduction littérale prisonnière de ce cadre étriqué me paraissait affreusement rébarbative, rappelant les laborieuses versions latines que j'avais endurées au cours de ma scolarité. Avec le temps, cette limitation devint intolérable, et quelque vingt ans plus tard, pour le meilleur ou pour le pire, je mettais les vers à la retraite.

La traduction qui suit, résultat de cette approche, est une tentative d'offrir un récit lisible et vivant, ouvert à l'intuition, espérant transcrire un peu de la vision de Sri Aurobindo dans un esprit de liberté, tout en restant aussi proche que possible du texte original : car après tout, sous l'apparence d'un conte splendide, se cache un Manuel du Yoga infiniment détaillé.

Cependant, il ne s'agit pas là d'un ouvrage d'écrivain, ni d'érudit — l'on y trouvera peut-être d'occasionnelles maladresses et même quelques libertés insolentes — mais plutôt d'un exercice personnel de yoga qui m'a beaucoup apporté au cours des années et qui continue d'évoluer dans une recherche de perfection.

Joël Koechlin

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